Le 1 octobre 2026
Lisez l’article publié à l’origine dans Hospital News (en anglais seulement)
Par : Michelle McLean
Le projet de loi S-233 enverrait un message longtemps attendu au personnel de santé du Canada : la violence ne fait pas partie de la profession.
La journée de travail du personnel de santé devrait s’arrêter à la sortie de l’hôpital. Pour certains, la peur persiste.
Comme l’a souligné un membre de SoinsSantéCAN, le personnel de santé côtoie au quotidien les patients et les familles qu’il sert, sans bénéficier de l’anonymat propre aux grands centres urbains. Lorsqu’il fait l’objet de menaces personnelles, ces dernières peuvent le suivre au-delà des portes de l’hôpital, jusque dans son foyer, sa famille et sa vie quotidienne.
Voilà la réalité derrière la hausse de la violence au travail dans l’ensemble du système de santé canadien.
Selon les estimations, le personnel de santé subit des actes de violence au travail quatre fois plus souvent que toute autre profession. Il fait l’objet de menaces, de harcèlement et d’agressions alors qu’il fournit des soins essentiels et vitaux. Pourtant, une culture bien ancrée continue de lui faire croire que la violence fait simplement « partie du métier ».
C’est faux. Et accepter cette situation coûte cher.
Si la violence peut causer des blessures physiques, ses répercussions sont souvent beaucoup plus durables. Les professionnels de la santé qui y sont confrontés font état d’anxiété, de dépression, de troubles du sommeil, de symptômes de stress post-traumatique, d’épuisement professionnel et de détresse morale. Ces situations peuvent éroder leur confiance, leur engagement et leur sentiment de sécurité au travail.
Les conséquences sont lourdes pour un réseau déjà aux prises avec des défis de recrutement et de rétention. La violence entraîne de l’absentéisme, des congés de maladie et des démissions. Elle compromet aussi la sécurité des patients, car un personnel épuisé, traumatisé ou effrayé ne peut prodiguer les meilleurs soins.
Un établissement membre de SoinsSantéCAN a recensé 837 incidents de violence en milieu de travail au cours de l’année 2025-2026. Les événements survenaient principalement dans les services d’urgence, en santé mentale et toxicomanie, en médecine générale, ainsi qu’en gériatrie et en soins de longue durée.
Derrière chaque incident, il y a un soignant venu prendre soin des autres et qui s’est fait agresser.
SoinsSantéCAN, le porte-parole national des hôpitaux, des autorités de santé, des instituts de recherche en santé et des organisations de soins de santé, a récemment sondé les membres de son Comité consultatif sur les ressources humaines en santé afin de mieux comprendre la violence dans les lieux de soins et les mesures d’intervention adoptées par les organisations.
Plus de 90 % des membres sondés ont mis en place des formations au désamorçage des conflits et des procédures « Code blanc ». Plusieurs établissements ont posté des agents de sécurité à l’urgence, tandis que d’autres misent sur des alarmes antipanique géolocalisées, le signalement au dossier des patients, la déclaration centralisée des incidents ou des équipes d’intervention comportementale.
Ces efforts sont essentiels. Toutefois, nos membres sont catégoriques : ils ne suffisent pas.
« Malgré des investissements organisationnels importants dans la formation, la prévention, les systèmes d’alerte et la technologie, de nombreux soignants craignent encore pour leur sécurité au quotidien », souligne un membre. « Cela nuit gravement à la mobilisation, à la rétention et à la présence du personnel, et en fin de compte, à la qualité des soins offerts aux patients et aux collectivités. »
Le St. Joseph’s Healthcare Hamilton a attiré l’attention du public sur cette réalité dans le cadre d’une campagne mettant en vedette son propre personnel et les actes de violence subis. Une exposition photographique présentée dans l’ensemble de ses installations hospitalières rend ces conséquences humaines impossibles à ignorer. L’hôpital a fait état d’une hausse de 30 % des actes de violence au cours de la dernière année.
Les organisations de santé doivent continuer à renforcer la prévention, la formation, le signalement des incidents et le soutien au personnel. Il faut aussi reconnaître la complexité des facteurs sociaux et de santé qui peuvent contribuer aux situations de violence, tout en veillant à ce que les personnes malades ou en crise reçoivent des soins empreints de compassion.
Toutefois, la compassion ne doit pas signifier l’acceptation de la violence.
C’est pourquoi SoinsSantéCAN appuie le projet de loi S-233. Cette mesure modifierait le Code criminel pour obliger les tribunaux à considérer toute agression contre une personne fournissant des soins de santé ou des soins personnels comme une circonstance aggravante aux fins de la détermination de la peine.
Son prédécesseur, le projet de loi C-321, avait été adopté à l’unanimité par la Chambre des communes avant de mourir au Feuilleton en raison de la prorogation du Parlement. Le projet de loi S-233 offre aujourd’hui aux parlementaires une nouvelle occasion de mener ce travail à terme.
L’adoption de ce projet de loi ne permettra pas d’éviter tous les incidents, et la loi ne se substituera pas non plus à l’obligation des organisations de santé d’offrir des milieux de travail sécuritaires. Elle permettra toutefois de reconnaître explicitement que la violence envers le personnel de santé constitue une infraction grave entraînant des conséquences juridiques.
Le personnel doit également se sentir en sécurité pour déclarer chaque incident. Ce qui n’est pas rapporté demeure trop facilement invisible, et ce qui demeure invisible est trop facilement normalisé.
Le système de santé ne peut exister sans les personnes qui prennent soin de la population canadienne. Le Parlement devrait adopter le projet de loi S-233 et confirmer que le fait de prendre soin des autres ne doit jamais exiger de sacrifier sa propre sécurité.


