Le 5 octobre 2026
Lisez l’article publié à l’origine dans le Hill Times (en anglais seulement)
Par : Michelle McLean
Le système de santé canadien fait face à des défis sans précédent : hausse des coûts, vieillissement de la population aux besoins de soins complexes, infrastructures vétustes et pénurie de personnel soignant. Face à ces pressions, il devient impératif d’adopter des outils qui aident les professionnels de santé à améliorer la qualité des soins et à optimiser leur temps afin d’en faire bénéficier un plus grand nombre de patients. Les plateformes numériques connectées et l’intelligence artificielle (IA) montrent déjà toute leur valeur, mais leurs bienfaits reposent sur des données et des infrastructures fiables.
Le potentiel de ces outils commence à se concrétiser. Les scribes virtuels par IA réduisent le temps consacré à la paperasse administrative de 3 à 4 heures par semaine. À l’échelle du pays, c’est un gain potentiel de près de 20 millions d’heures pour les médecins, soit l’équivalent d’environ 9 000 praticiens à temps plein. En imagerie médicale, l’IA produit des images de meilleure qualité plus rapidement, réduisant par exemple de 50 % en moyenne le temps d’examen par rendez-vous d’IRM chez Island Health. De son côté, l’outil Rho de l’Hôpital Sunnybrook analyse les radiographies des adultes de 50 ans et plus pour dépister le risque futur d’ostéoporose et intervenir plus tôt. Mais le potentiel de l’IA dépasse la réduction des temps d’attente et le gain de productivité : elle permet aussi d’offrir des soins dans de nouveaux cadres. Née d’une nécessité durant la COVID-19, l’initiative Hospital@Home du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (Hôpital général juif) a permis de traiter les patients directement chez eux grâce à la télésurveillance et aux examens à domicile, réduisant ainsi les risques d’exposition et les hospitalisations. Depuis 2022, le programme a traité environ 2 100 patients, libéré plus de 17 500 journées-lits et obtenu un taux de satisfaction de 93 % auprès des patients. Son expansion à une unité virtuelle de 20 lits grâce à l’outil d’IA Signal 1 permet aux équipes soignantes d’identifier plus vite les patients admissibles, d’ajuster les traitements plus tôt et d’offrir des soins plus proactifs.
Toutes ces approches reposent sur l’accessibilité des renseignements de santé là où ils sont nécessaires. Les membres de SoinsSantéCAN développent les systèmes de données connectés qui rendent cela possible, notamment le Dossier de santé connecté, conçu conjointement par Santé Québec et le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, ainsi que le cadre HALO, issu d’une collaboration entre Hamilton Health Sciences et la Provincial Health Services Authority de la Colombie-Britannique. Bien qu’il existe de nombreux autres exemples à travers le pays, nos réseaux de santé ne pourront pas déployer ces technologies à la vitesse et à l’échelle requises pour tirer pleinement profit du potentiel de l’IA et du numérique sans le soutien du gouvernement fédéral.
Il faut saluer les mesures prises cette année par le gouvernement fédéral pour répondre à cet enjeu. La stratégie L’IA pour TOUS prévoit 200 millions de dollars pour améliorer les résultats pour les patients, tandis que 100 millions sont investis dans l’initiative VITAL. Ce projet connectera les systèmes de données protégés de plus de 160 sites en Ontario, en Alberta et au Québec pour accélérer la recherche et les essais cliniques, avant de s’étendre aux autres provinces et territoires. Par ailleurs, le projet de loi S-5 sur la connectivité des soins pour les Canadiens vise à renforcer l’interopérabilité des dossiers médicaux électroniques. Mais ces initiatives auront du mal à passer à l’échelle si nos établissements doivent s’appuyer sur des systèmes d’exploitation obsolètes, une connectivité inégale, des capacités de stockage et de traitement des données limitées et une cybersécurité vulnérable.
Le défi des infrastructures incombe aux hôpitaux, aux autorités de santé, aux instituts de recherche et aux organismes de soins de santé, là où les données sont générées, où les essais cliniques sont menés et où les nouvelles technologies s’intègrent aux soins. Or, les coûts liés aux infrastructures numériques ont doublé, voire quadruplé. Sans un financement prévisible et dédié, l’ambition nationale en matière d’IA et de soins axés sur les données demeure incompatible avec les infrastructures locales requises pour déployer ces technologies de manière durable et à grande échelle.
Le budget de 2025 a franchi une étape importante en annonçant un Fonds pour les infrastructures de santé de 5 milliards de dollars, mais aucun de ces investissements ne répondra aux besoins en infrastructure numérique. L’infrastructure numérique doit être reconnue comme une nécessité d’immobilisation distincte, et non comme une mise à niveau optionnelle. Pour transformer les investissements du Canada dans l’IA en de meilleurs soins pour les patients, nous devons financer l’infrastructure numérique qui permettra aux organismes de santé d’adopter et de pérenniser ces nouveaux outils à grande échelle.
Michelle McLean
Présidente et cheffe de la direction, SoinsSantéCAN
SoinsSantéCAN est la voix nationale des hôpitaux, des autorités de santé, des instituts de recherche en santé et des organismes de soins de santé du Canada.


