Le 8 octobre 2026
Lisez l’article publié à l’origine dans Healthy Debate (en anglais seulement)
Par la Dre Bettina Hamelin et Michelle McLean
Le Canada s’est longtemps imposé parmi les leaders mondiaux des essais cliniques, ces études rigoureuses et méthodiques qui permettent aux Canadiens d’accéder rapidement à des traitements novateurs. Pendant des années, nous avons occupé le premier rang du G7 pour le nombre d’essais par habitant — une grande source de fierté nationale. Or, cet avantage concurrentiel s’effrite aujourd’hui à un rythme alarmant.
En 2024, l’activité liée aux essais cliniques au Canada a chuté de 11 %. Le pays a ainsi reculé de trois rangs à l’échelle mondiale, passant de la cinquième à la huitième place pour le nombre d’essais cliniques de phase 3 promus par l’industrie, lesquels représentent généralement la dernière étape d’évaluation avant l’homologation et la mise sur le marché d’un nouveau médicament.
La même année, le Canada a été classé parmi les pays de « second niveau » quant à sa capacité d’exécution des essais cliniques, derrière des chefs de file comme la France, l’Allemagne, le Japon, les États-Unis et la Chine. Pendant ce temps, des pays comme l’Australie et le Royaume-Uni redoublent d’efforts pour rationaliser le lancement des essais, le recrutement des patients et les incitatifs financiers afin de prendre les devants.
Les essais cliniques ne sont pas de simples expériences menées en laboratoire. Pour de nombreux patients, ils représentent la meilleure option — et parfois la seule — pour accéder à des thérapies de pointe ou à des soins spécialisés inaccessibles par ailleurs au Canada.
Les essais cliniques soutiennent également l’emploi, favorisent la rétention des diplômés canadiens en STIM, attirent des chercheurs et des investissements de calibre mondial, tout en renforçant l’ensemble du système de santé. Ils préservent la capacité de recherche hospitalière au sein de nos hôpitaux d’enseignement et de nos centres universitaires et scientifiques à travers le pays — une capacité qui prend des années à bâtir, mais qui peut disparaître en un instant.
Une baisse d’activité des essais cliniques se traduit par des pertes concrètes : diminution des investissements et des fonds de recherche, accès restreint aux soins pour les patients actuels et ralentissement des percées médicales de demain.
Qu’est-ce qui freine le Canada? Trois facteurs principaux.
Premièrement, la fragmentation du système : chaque province et territoire impose ses propres règles d’approbation et d’éthique, forçant les promoteurs à s’adapter à un réseau morcelé plutôt qu’à un parcours national clair.
Deuxièmement, les délais de démarrage : la lenteur du lancement des essais et du recrutement des patients pousse les entreprises vers des pays dotés de processus plus rapides et simplifiés.
Troisièmement, le manque d’accès aux traitements : même lorsqu’un essai réussit au pays, le médicament met trop de temps à être remboursé par nos régimes publics d’assurance-médicaments. Cette situation n’est ni viable ni concurrentielle.
La bonne nouvelle, c’est que la situation peut être corrigée. L’Australie en est la preuve. Il y a dix ans, ce pays faisait face à des obstacles similaires à ceux du Canada aujourd’hui. Il affiche désormais l’un des délais de démarrage d’essais cliniques les plus rapides au monde — souvent de 6 à 12 semaines entre le dépôt de la demande réglementaire et le recrutement du premier patient, comparativement à 12 à 38 semaines au Canada.
L’Australie y est parvenue grâce à une stratégie ciblée : un processus d’évaluation éthique national centralisé et des crédits d’impôt avantageux pour la recherche en phase précoce. De plus, la création d’un guichet unique, Clinical Trials Australia, permet de simplifier l’accès pour les promoteurs industriels et les chercheurs.
Un tel résultat ne s’obtient pas par hasard. Il exige une planification et une action concertées. Le Canada est parfaitement en mesure d’en faire autant.
Santé Canada a entrepris des démarches pour moderniser ses processus réglementaires, et ces progrès méritent d’être soulignés. Toutefois, faire preuve d’ambition et de détermination est plus essentiel que jamais. Un ministère ne peut, à lui seul, redresser un réseau aussi fragmenté.
Pour attirer les essais cliniques, le fédéral, les provinces et les territoires doivent agir de concert et offrir des incitatifs économiques attrayants. Aujourd’hui, nos provinces et les territoires se livrent concurrence pour une fraction du marché mondial. En unissant leurs forces, ils pourraient s’en tailler une part bien plus grande.
Le Canada possède tous les atouts nécessaires pour se hisser parmi les trois premières destinations mondiales en matière d’essais cliniques d’ici 2030. Nous comptons certaines des meilleures universités au monde, la population la plus instruite du G7 et un bassin exceptionnel de talents diplômés en STIM.
Grâce à une véritable collaboration intergouvernementale, le Canada pourrait se démarquer à l’échelle mondiale en offrant des délais de démarrage réduits, un recrutement de patients plus rapide et plus vaste, et un climat hautement attractif pour les investissements internationaux.
Ce serait une réussite sur tous les plans : pour les patients, pour le système de santé et pour notre économie.
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