SoinsSantéCAN recommande au gouvernement du Canada de créer un programme fédéral d’infrastructures de santé sur 10 ans, doté de volets distincts pour les infrastructures physiques et numériques. La majeure partie du financement numérique devrait être déployée au cours des cinq premières années, tout en garantissant une prévisibilité budgétaire jusqu’à la dixième année pour la maintenance, la cybersécurité, l’interopérabilité et le renouvellement des technologies.
Cet appel ne vise pas uniquement à réclamer du financement pour les infrastructures en général. Si les hôpitaux et les systèmes de santé ont toujours besoin d’investissements physiques traditionnels, la politique fédérale doit désormais reconnaître que le numérique, la connectivité, l’interopérabilité et la gestion des données forment le cœur même des infrastructures de santé modernes.
Le Canada investit dans l’interopérabilité des données de santé, l’intelligence artificielle, la recherche clinique et la compétitivité des sciences de la vie. Toutefois, ces investissements ne porteront pleinement leurs fruits que si les hôpitaux et les systèmes de santé disposent de l’infrastructure numérique locale requise pour se connecter aux plateformes nationales, produire et exploiter des données de haute qualité, et déployer les nouvelles technologies.
Les systèmes de santé financés par les fonds publics du Canada génèrent une quantité considérable de données cliniques et opérationnelles. Cependant, la valeur de ces données ne pourra être pleinement exploitée tant qu’elles demeureront fragmentées entre les établissements, les systèmes et les provinces et territoires. Les données de santé doivent être normalisées ou interopérables, connectées de manière sécurisée et exploitables dans le respect des cadres de protection de la vie privée et de gouvernance.
L’infrastructure nécessaire pour y parvenir va bien au-delà des logiciels. Des soins numériquement intégrés reposent sur une connectivité haut débit sécurisée ; des environnements cliniques équipés du Wi-Fi et du Bluetooth ; un câblage en fibre optique ; des serveurs, de l’infonuagique et des espaces sécurisés ; des systèmes d’information clinique interopérables ; des garanties de cybersécurité et de protection de la vie privée ; une capacité de stockage et de traitement des données ; ainsi que les réaménagements physiques requis pour déployer les technologies émergentes en toute sécurité.
Cette infrastructure rend possibles les soins virtuels et à distance, les dispositifs médicaux connectés, le dépistage et le diagnostic par IA, l’imagerie avancée, les essais cliniques décentralisés, la production de données probantes en contexte réel et la planification des capacités à l’échelle du système. Sans elle, impossible de déployer uniformément ces outils prometteurs, ni de connecter et valoriser leurs données à grande échelle.
De nombreux hôpitaux et systèmes de santé doivent s’accommoder d’installations vieillissantes, de serveurs obsolètes, de systèmes d’information cloisonnés, d’une connectivité déficiente et d’une capacité de traitement des données insuffisante. Ces enjeux sont particulièrement marqués dans les communautés rurales, éloignées et nordiques. Investir dans des bâtiments sans financer leur volet numérique revient à créer des structures inaptes à soutenir les soins, la recherche et l’innovation d’aujourd’hui. Les infrastructures physiques et numériques répondent à des besoins distincts, mais indissociables.
Le gouvernement fédéral a posé des bases importantes grâce aux accords bilatéraux « Travailler ensemble » de 25 milliards de dollars, à l’octroi de 505 millions de dollars aux partenaires fédéraux des données de santé, aux 100 millions de dollars alloués à la plateforme de données de santé VITAL, ainsi qu’à la Feuille de route commune de l’interopérabilité pancanadienne et à la Charte pancanadienne des données sur la santé. Il a également fait progresser l’interopérabilité au moyen du projet de loi C-72, puis du projet de loi S-5, et s’est engagé à verser 200 millions de dollars pour une mission d’IA axée sur la santé dans le cadre de sa stratégie L’IA pour tous.
De même, le Groupe de travail sur le secteur des produits pharmaceutiques et des sciences de la vie a souligné que la faiblesse et la fragmentation des données de santé freinent les essais cliniques, la commercialisation et la productivité du système de santé. Ses recommandations confirment l’urgence de bâtir un écosystème de données souverain, connecté et accessible.
Ces stratégies et plateformes nationales partagent une dépendance opérationnelle : les hôpitaux et les systèmes de santé doivent avoir la capacité de générer, connecter et utiliser les données sur lesquelles ils s’appuient. Une infrastructure nationale ne peut réussir sans une infrastructure locale et régionale solide pour la soutenir.
Le budget de 2025 a annoncé la création d’un Fonds pour les infrastructures de santé de 5 milliards de dollars sur trois ans, dès 2026-2027, dans le cadre du Fonds pour bâtir des communautés fortes administré par Logement, Infrastructures et Collectivités Canada. L’inclusion des hôpitaux et services d’urgence confirme la nécessité de rénover l’infrastructure de santé du Canada. Toutefois, à ce jour, les investissements de ce fonds n’ont pas été orientés vers l’infrastructure numérique dont les hôpitaux et les systèmes de santé ont besoin.
Le gouvernement fédéral tient là un levier d’alignement stratégique majeur. Si les nouvelles constructions exigent d’emblée une solide capacité numérique, des investissements ciblés permettront aux établissements existants d’étendre les soins virtuels, de participer aux essais cliniques et de nourrir les initiatives pancanadiennes en données. La création d’un volet numérique dédié articulerait harmonieusement les dépenses d’infrastructure avec les grands objectifs canadiens en IA, sciences de la vie, souveraineté et productivité.
Les investissements fédéraux dans VITAL, l’interopérabilité, l’IA et les sciences de la vie ne porteront leurs fruits que si les organisations chargées de les mettre en œuvre disposent de l’infrastructure nécessaire.
Les hôpitaux, les instituts de recherche et les systèmes de santé génèrent la majorité des données cliniques du pays, mènent les essais cliniques et intègrent les innovations technologiques aux soins. À l’heure actuelle, leur financement repose sur un assemblage disparate d’aides fédérales, provinciales, privées et philanthropiques.
Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (Santé Québec) a co-développé le Dossier de santé connecté grâce aux technologies de Harris Healthcare et à un don philanthropique de 90 millions de dollars. Il a lancé son premier module, la Chronologie du patient, qui permet au personnel médical de l’ensemble du CIUSSS d’accéder à des informations cohérentes et à jour sur chaque patient via une plateforme numérique unique, simplifiant ainsi leurs tâches quotidiennes.
Le programme Hospital@Home de l’Hôpital général juif (membre du CIUSSS) permet des congés hospitaliers précoces grâce à une infrastructure numérique de pointe (télésurveillance IoT, objets connectés, intégration des données et suivi 24/7). L’intégration de l’IA (Signal1) a permis d’élargir le programme, d’identifier plus de patients admissibles et d’éviter des hospitalisations. Avec sa stratégie axée sur l’IA et son Centre d’IA pour des soins de santé fondés sur la valeur, l’établissement prévoit d’investir 12,5 millions de dollars sur six ans pour concrétiser ces capacités et faire progresser plusieurs initiatives similaires, sans compter les ressources humaines et de gouvernance requises.
Avec 5 sites hospitaliers desservant près de 2 millions d’habitants (Est du Québec et Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick), le CHU de Québec–Université Laval bâtit un écosystème de données de santé robuste pour appuyer les soins, l’innovation, la recherche et l’IA responsable. Financés par le gouvernement du Québec et la Fondation canadienne pour l’innovation, ces efforts visent des données de santé plus sûres, fiables et utiles, sous une gouvernance éthique axée sur la valeur pour les patients et le système. Ensemble, l’infrastructure d’analyse opérationnelle, SCIENTA, la plateforme de bio-informatique et protéomique, MedOnco et le Centre d’accès pour la recherche jetteront les bases pour transformer ces données en connaissances, en décisions et en retombées mesurables — un projet qui exige toutefois des investissements majeurs.
Avec eHealth Saskatchewan, la Saskatchewan Cancer Agency et leurs partenaires, la Saskatchewan Health Authority déploie une stratégie numérique intégrée à l’échelle du système. Ensemble, ils ont ciblé les priorités pour résoudre des défis majeurs : connectivité instable, données fragmentées, infrastructures obsolètes, accès rural limité, procédés manuels, cybersécurité et sous-utilisation des données. Le succès de leurs projets phares — système d’information clinique, soins de longue durée, pathologie numérique, dispositifs connectés, soins primaires, soins virtuels et IA — repose sur une infrastructure numérique fiable et sécurisée. Les besoins financiers s’échelonnent d’environ 1 million de dollars par an pour stabiliser le Wi-Fi, les routeurs et la connectivité infonuagique, à près de 1 milliard de dollars pour intégrer un système d’information centralisé visant à remplacer les 500 systèmes fragmentés actuels à travers les soins aigus, primaires, communautaires, de longue durée et virtuels.
Un volet dédié offrirait une meilleure prévisibilité aux provinces, aux territoires et aux systèmes de santé. Il éviterait que les projets numériques ne soient relégués au second plan derrière les travaux d’infrastructures physiques, tout en permettant au gouvernement fédéral d’établir des critères et des exigences adaptés aux investissements numériques. Ce volet devrait :
Aligner les investissements fédéraux en infrastructure sur nos programmes de santé numérique et de sciences de la vie permettrait d’améliorer les soins et la productivité, de renforcer la compétitivité du Canada dans les essais cliniques, d’accélérer l’adoption de nos technologies et de sécuriser la valeur des données de santé au profit de la population. Cela transformerait un ensemble d’initiatives importantes en un avantage national cohérent et structurant.
SoinsSantéCAN est la voix nationale des hôpitaux, des autorités de santé, des instituts de recherche en santé et des organisations de soins de santé du Canada.
Nos membres œuvrent au carrefour des soins, de la recherche, de la commercialisation et de l’adoption dans les systèmes de santé. Ils forment la main-d’œuvre canadienne en santé et en recherche, mènent des essais cliniques, valident et adoptent les technologies canadiennes, rapprochent chercheurs et innovateurs, et fournissent l’infrastructure physique et numérique essentielle au passage de l’innovation de la découverte à la commercialisation, puis aux soins aux patients.
Les membres de SoinsSantéCAN ne sont pas de simples partenaires de l’économie des sciences de la vie au pays : ils en sont les piliers indispensables.
PRÉSENTÉ
Octobre 2026
POUR PLUS D’INFORMATIONS
Emily Follwell
Analyste des politiques et de la recherche
efollwell@healthcarecan.ca
Annie Barrette
Vice présidente, Affaires extérieures
abarrette@healthcarecan.ca