Le 2 février 2026
Lisez l’article publié à l’origine dans le Hill Times (en anglais seulement)
Par : Michelle McLean
L’innovation en sciences de la vie ne se limite pas à sauver des vies : c’est un véritable moteur de croissance économique. Les percées en biotechnologie, en produits pharmaceutiques, en dispositifs médicaux et en santé numérique contribuent à renforcer une main-d’œuvre en meilleure santé et plus productive, attirent les meilleurs talents et stimulent la croissance et le développement économiques. Ce secteur peut jouer un rôle de premier plan dans l’économie de l’innovation au Canada et favoriser la diversification d’un modèle de développement historiquement dominé par le manufacturier et les ressources naturelles. Toutefois, cela nécessite une vision et une feuille de route capables de mobiliser le secteur et les gouvernements autour de priorités communes et d’orienter les investissements publics nécessaires. Dans un contexte géopolitique en rapide évolution, alors que le Canada cherche de nouvelles occasions et stratégies de développement national pour bâtir une économie plus forte et plus résiliente, une politique industrielle en sciences de la vie s’impose de toute urgence.
L’ampleur du potentiel est manifeste. Les sciences de la vie et la bioéconomie constituent un secteur clé de l’emploi au Canada : en 2019, celui-ci regroupait environ 200 000 employés répartis dans 12 000 organisations, et devrait entraîner la création de quelque 65 000 nouveaux postes d’ici 2029. Il contribue actuellement à près de 2 % du produit intérieur brut, soit 82,1 milliards de dollars par an, un niveau déjà significatif, dont le potentiel réel est souvent estimé bien plus élevé. Par ailleurs, la demande en recherche, produits et services issus des sciences de la vie devrait continuer de croître sous l’effet des besoins du système de santé, à un rythme annuel d’environ 10 % au cours de la prochaine décennie.
Or, bien que le Canada soit reconnu mondialement pour l’excellence de sa recherche biomédicale et en génomique, il ne se classe qu’au 17ᵉ rang parmi les 25 pays les plus innovants. Malgré plus de 2 000 entreprises en sciences de la vie, soit plus du double de plusieurs pays mieux classés, nous n’avons pas encore réussi à exploiter pleinement le potentiel de notre industrie dans ce secteur.
Le Canada était autrefois un chef de file en matière d’essais cliniques, véritable pierre angulaire des stratégies modernes en sciences de la vie et lien essentiel entre innovation biomédicale, soins aux patients et croissance économique. Pourtant, nous perdons rapidement du terrain. L’essor de Novo Nordisk au Danemark, alimenté en partie par l’Ozempic issu d’une découverte canadienne, ainsi que la stratégie nationale australienne en matière d’essais cliniques, qui a attiré plus d’un milliard de dollars d’investissements étrangers, montrent ce qui se produit lorsque des pays agissent rapidement avec un plan unifié. Les innovateurs canadiens se tournent désormais vers les États-Unis ou l’Europe pour mener leurs essais et projets de mise à l’échelle, où les délais de démarrage sont plus courts et les voies de commercialisation et d’approvisionnement plus claires. Pour le Canada, chacun de ces départs représente une perte d’emplois à forte valeur ajoutée, de propriété intellectuelle, de capacité de fabrication nationale et de recettes fiscales, ainsi qu’un accès tardif aux nouvelles thérapies.
Les technologies canadiennes issues de la recherche financée par des fonds publics peinent souvent à trouver un premier client au pays. Cela ralentit la mise à l’échelle, fragilise la propriété intellectuelle et la rétention des entreprises, et réduit les retombées des investissements publics. Même lorsque des percées surviennent, les systèmes de santé se tournent fréquemment vers des solutions importées. Le Réseau CAN Health, soutenu par le financement fédéral, contribue à combler cet écart. Il a appuyé plus de 100 entreprises canadiennes et 130 projets de commercialisation, générant environ 700 millions de dollars en revenus et 2 400 emplois, avec un taux de réussite de 80 % entre les projets pilotes et l’approvisionnement. Toutefois, ce type d’initiative doit être renforcé. L’investissement à lui seul ne suffit pas. Ce qui manque cruellement au Canada, c’est une politique industrielle capable de propulser le secteur des sciences de la vie à un niveau supérieur sur la scène mondiale.
Le budget de 2025 a promis 1,7 milliard de dollars pour recruter 1 000 chercheurs de calibre mondial ainsi que des doctorants et des stagiaires postdoctoraux dans les universités et les hôpitaux de recherche canadiens. Toutefois, sans mesures incitatives précises — comme des crédits d’impôt, des subventions, un soutien réglementaire et des périodes d’exclusivité de marché comparables à celles offertes dans l’Union européenne, au Japon et en Australie — le potentiel de rétention des talents et de rendement sur l’investissement sera perdu.
Les éléments fondamentaux d’un secteur des sciences de la vie dominant sont déjà en place, mais le Canada doit agir rapidement pour établir son leadership mondial. La dernière Stratégie en matière de biofabrication et de sciences de la vie, publiée en 2021 dans la foulée de la pandémie, n’a pas entraîné les changements de politiques nécessaires ni l’alignement des ministères fédéraux et des investissements. À l’inverse, d’autres pays de premier plan placent les sciences de la vie au cœur de leurs stratégies industrielles et les harmonisent avec les politiques en matière de talents, de commerce, de recherche et développement, d’innovation et d’infrastructure.
Le Canada a besoin d’une politique industrielle en sciences de la vie qui capitalise sur ses forces, anticipe les défis et opportunités géopolitiques, et trace une feuille de route claire pour assurer le succès de ses chercheurs, de ses innovateurs, de son système de santé, de son économie des sciences de la vie et, finalement, du pays tout entier.
Michelle McLean
Présidente et cheffe de la direction, SoinsSantéCAN
SoinsSantéCAN est la voix nationale des hôpitaux, des autorités sanitaires, des instituts de recherche en santé et des organisations de soins de santé partout au Canada.


