Le 22 avril 2026
Lisez l’article publié à l’origine dans le Hill Times (en anglais seulement)
Par : Michelle McLean
Les essais cliniques — des études de recherche qui testent de nouveaux médicaments, dispositifs et procédures — sont reconnus à l’échelle mondiale comme des moteurs essentiels de l’innovation médicale, de la croissance économique et de l’amélioration des résultats en santé. Dans un contexte de concurrence internationale accrue, les pays cherchent activement à attirer ces essais afin de renforcer leur capacité de recherche, d’offrir un accès précoce aux thérapies innovantes, de créer des emplois hautement qualifiés et de stimuler leurs secteurs des sciences de la vie en attirant des investissements industriels.
Le marché mondial des essais cliniques, estimé entre 65 et 93 milliards de dollars américains en 2025, devrait connaître une croissance soutenue et pourrait dépasser 150 à 200 milliards de dollars d’ici le milieu des années 2030. Le Canada se classe actuellement au troisième rang mondial pour la conduite de nouveaux essais cliniques et représente environ 4 % du marché global. Toutefois, cette position — et notre capacité à faire croître l’industrie des essais cliniques — est de plus en plus menacée.
Selon un rapport récent, d’autres pays renforcent rapidement leur position sur ce marché. L’Australie a connu une croissance annuelle moyenne d’environ 5 % depuis 2010, générant 1,6 milliard de dollars en 2022. La Chine, en combinant des procédures d’évaluation accélérées et un système plus centralisé, est devenue une destination de plus en plus attractive pour les investissements internationaux, avec une augmentation de 25 % des lancements d’essais par des entreprises locales au cours de la dernière décennie. D’autres pays poursuivent également des stratégies ambitieuses pour se positionner comme destinations de premier plan.
Les essais cliniques illustrent néanmoins les forces structurelles du système canadien de santé et des sciences de la vie. La collaboration entre chercheurs de calibre mondial, institutions publiques et partenaires privés permet aux patients d’accéder plus rapidement à des traitements innovants et prometteurs. Bien que le Canada soit généralement considéré comme une puissance moyenne sur la scène internationale, il dispose, dans ce domaine, d’atouts comparables à ceux d’une véritable superpuissance, susceptibles de le positionner comme un chef de file mondial des sciences de la vie.
Bien que les essais cliniques soient majoritairement financés par l’industrie pharmaceutique, leur mise en œuvre repose sur les hôpitaux, les autorités sanitaires et les instituts de recherche intégrés au système public de santé canadien, au sein duquel les membres de SoinsSantéCAN jouent un rôle central. Déterminés à dépasser le statut de puissance moyenne, les établissements de santé et de recherche canadiens collaborent afin de surmonter trois obstacles structurels majeurs. Toutefois, un leadership fédéral demeure essentiel pour accélérer ces efforts et renforcer la compétitivité internationale du Canada.
Premièrement, les délais de mise en œuvre des essais demeurent trop longs et inégaux à l’échelle du pays. Les processus d’évaluation éthique et de contractualisation sont souvent redondants, les systèmes de données restent fragmentés et l’accès au remboursement des nouvelles thérapies varie selon les provinces. En réponse, les hôpitaux et instituts de recherche accélèrent les processus en adoptant des approches rationalisées, normalisées et axées sur la technologie, notamment par l’intermédiaire de réseaux tels que le consortium Accelerating Clinical Trials (ACT) et Clinical Trials Ontario. Toutefois, ces initiatives ne sauraient se substituer à des réformes réglementaires : l’inscription des patients dans un délai de 75 jours suivant une demande auprès de Santé Canada doit devenir la norme nationale.
Deuxièmement, il est nécessaire de renforcer la capacité opérationnelle des essais cliniques. Les réseaux d’essais, les équipes sur site et le développement des compétences de la main-d’œuvre requièrent des investissements nationaux stables et durables. Cela implique notamment un accroissement des subventions afin de soutenir davantage d’essais initiés par des chercheurs canadiens, en lieu et place du financement actuellement fragmenté. Le Canada ne peut demeurer compétitif en fonctionnant comme un ensemble de provinces agissant de manière isolée. Des mécanismes de coordination nationale sont indispensables afin de positionner le pays comme une destination unique et fiable.
Troisièmement, les infrastructures constituent un enjeu fondamental. Des investissements supplémentaires dans les infrastructures hospitalières sont nécessaires pour soutenir la conduite des essais et attirer davantage de projets internationaux. Si certaines provinces sont bien positionnées — l’Ontario comptant plus de 5 000 essais actifs et plus de 2 400 essais financés par l’industrie — d’autres établissements, notamment de taille intermédiaire ainsi que les hôpitaux communautaires, ruraux et nordiques, demeurent insuffisamment équipés en infrastructures, en systèmes numériques et en capacités organisationnelles. Ces disparités entraînent des inégalités d’accès pour les patients et limitent le potentiel global du pays. Un investissement fédéral ciblé s’avère donc indispensable.
Le secteur des sciences de la vie au Canada se trouve à un tournant décisif. Le pays peut soit se satisfaire de sa position actuelle, soit engager une transformation ambitieuse pour devenir une superpuissance mondiale des essais cliniques. Les hôpitaux, instituts de recherche et autres partenaires du système de santé sont prêts à porter ce changement, mais un soutien fédéral est essentiel pour renforcer la compétitivité nationale et générer des retombées économiques et sanitaires dignes d’une superpuissance mondiale.
Michelle McLean
Présidente et cheffe de la direction, SoinsSantéCAN
SoinsSantéCAN est le porte-parole national des hôpitaux, des autorités sanitaires, des instituts de recherche en santé et des organisations de soins de santé partout au Canada.


