Le 17 septembre 2026
Lisez l’article publié à l’origine dans le Hill Times (en anglais seulement)
Par : Michelle McLean
Il y a un peu plus de six ans, au Canada comme partout dans le monde, les gens sortaient sur leur perron, leur porche ou leur balcon pour applaudir et faire tinter casseroles et poêles en hommage au personnel de la santé mobilisé en première ligne contre la pandémie de COVID-19. Aujourd’hui, nombre de ces soignants se heurtent à la colère, à l’hostilité, aux menaces et, dans certains cas, à des agressions.
Partout au pays, les hôpitaux et les autorités sanitaires constatent une hausse inquiétante de la violence envers leur personnel. Ce qui passait autrefois pour des incidents isolés est devenu le quotidien de nos soignants, et l’augmentation rapide comme la gravité croissante de ces actes tiennent désormais de la crise. Dès la rentrée parlementaire cet automne, les députés peuvent agir face à cette menace croissante en adoptant le projet de loi S-233 avant la fin de l’année. Si nos législateurs mesuraient pleinement l’ampleur et l’impact de cette violence, ils ne se contenteraient pas de voter le texte : ils l’adopteraient sans attendre, par consentement unanime.
La violence en milieu de travail prend de multiples formes : agressions physiques, maltraitance, menaces, harcèlement sexuel, injures désobligeantes et insultes racistes, ainsi qu’agressions sexuelles. Elle peut être le fait de patients, de proches, de collègues ou de supérieurs. Si elle survient plus fréquemment dans les services d’urgence, en psychiatrie et dans les soins communautaires, des incidents sont signalés dans l’ensemble des services hospitaliers, jusqu’aux halls d’entrée, aux aires et parcs de stationnement. Cette violence n’a rien de normal dans un milieu de soins, et elle ne fait pas partie du métier.
Les craintes liées aux risques pour la santé et la sécurité du personnel s’accumulaient déjà avant la pandémie. En 2019, on estimait que les professionnels de la santé étaient quatre fois plus exposés aux actes de violence en milieu de travail que n’importe quel autre corps professionnel. Or, le climat d’hostilité grandissant envers le milieu soignant ces dernières années a des conséquences alarmantes pour l’ensemble du système. Alors que le Canada manque déjà de milliers d’infirmières, de médecins et d’autres professionnels, la violence pousse à la démission des personnes exerçant des professions dont nous ne pouvons absolument pas nous passer. Elle aggrave ainsi les pénuries et complique le recrutement et le maintien en poste du personnel. Pour le personnel dispensant des soins directs, ce fardeau émotionnel mine le moral et la santé mentale, compromet la sécurité, dégrade la qualité des soins et alourdit les coûts du système de santé.
Les hôpitaux et les autorités sanitaires consacrent déjà des ressources considérables à la prévention de la violence et à la protection de leur personnel. Le St. Joseph’s Healthcare Hamilton a fait état d’une augmentation de 30 % des actes de violence au cours de la dernière année et a lancé une campagne donnant la parole à son propre personnel, qui témoigne des faits de violence vécus dans l’exercice de ses fonctions.
Après les inquiétudes soulevées par le Syndicat des infirmières et infirmiers du Manitoba concernant la sécurité à Winnipeg, Soins communs Manitoba a installé des détecteurs d’armes dotés d’intelligence artificielle dans son centre de santé. Selon l’organisme, près de 2 000 objets ont été interceptés entre mars et août 2026, notamment des couteaux, des outils, des couteaux utilitaires, de la drogue et de l’alcool. Cette technologie est désormais déployée dans des services d’urgence aux quatre coins du pays, notamment par la Régie de la santé de la Saskatchewan, la Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse, Santé Î.-P.-É. et le Centre des sciences de la santé de London.
Ces initiatives, comme l’ensemble des efforts déployés à l’échelle nationale, sont indispensables face au quotidien des soignants. Toutefois, les hôpitaux et les réseaux de santé ne peuvent régler ce problème seuls. En vertu du Code criminel, le gouvernement fédéral porte lui aussi une responsabilité manifeste quant à la protection du personnel de santé.
Le projet de loi S-233 constitue une avancée concrète. Il modifie le Code criminel pour obliger les tribunaux à considérer toute agression contre un soignant ou un premier intervenant comme une circonstance aggravante lors du prononcé de la peine. L’idée n’est pas nouvelle : un projet de loi identique, le C-321, avait été adopté à l’unanimité par la Chambre des communes sous la précédente législature après une étude approfondie dans les deux chambres. S’il n’a pas été promulgué, c’est uniquement en raison de la prorogation du Parlement et du déclenchement des élections. Le consensus est déjà établi ; il ne reste au Parlement qu’à mener le travail à terme.
Début 2022, de nouvelles dispositions visant à protéger le personnel soignant sont entrées en vigueur dans le Code criminel afin d’offrir aux tribunaux des leviers contre l’intimidation et l’obstruction. Cependant, leur application demeure inégale. L’adoption du projet de loi S-233 et l’application rigoureuse des mesures existantes doivent désormais aller de pair.
Le personnel de santé a le même droit que quiconque de travailler dans un environnement sécuritaire. Le Parlement peut lui apporter un soutien concret en adoptant le projet de loi S-233 et en veillant à ce que les protections en vigueur soient appliquées sans exception. Cet automne, les députés ont l’occasion de faire bien mieux que de faire tinter des casseroles : ils peuvent faire front commun avec nos soignants et adopter sans attendre le projet de loi S-233.
Michelle McLean
Présidente et cheffe de la direction, SoinsSantéCAN
SoinsSantéCAN est le porte-parole national des hôpitaux, des autorités sanitaires, des instituts de recherche en santé et des organismes de soins de santé au Canada.
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